Thursday, August 04, 2005

 

Mon histoire politique Partie 4: Jouissance, Déception et Rédemption

Et là je vis ma plus belle année politique. Les Libéraux mangent des volées au parlement et se font imposer plein de choses par les partis d'opposition et Gomery sort plein d'histoires juteuses. La question devient: quand Martin sera-t-il impliqué et déclenchera-t-il des élections ou mieux, quand l'opposition le fera-t-elle tomber? En mars 2005, Jean Brault, Chuck Guité et Paul Coffin vont bientôt témoigner. Ils ont obtenu une ordonnance de non-publication puisqu'ils sont déjà accusés au criminel par la GRC pour leur implication dans le scandale des commandites. Brault témoigne vers la fin mars. Les journalistes bavent, tellement ça semble juteux. Ils ne peuvent rien dire mais parlent de gros noms, de possibilités de faire tomber le gouvernement et de grand machiavélisme derrière tout ça. On peut lire dans les journaux qu'un site internet américain, un blog, raconte le témoignage de Jean Brault mot à mot. Il n'est pas soumis au publication ban canadien alors il s'en donne à coeur joie. Hugho me donne l'adresse: http://www.captainquartersblog.com/ Captain Ed est vraiment hot. Bravant un interdit de non-publication canadien, cet Américain a une taupe parmi les gens dans la salle à Montréal qui lui raconte tout et lui, il publie tous les jours.

À la même période, je dois changer ma Protégé qui arrive à la fin du bail. Je lâche un coup de fil chez Mazda St-Jean, convaincu que Harold, justement le fils de Ghislain Lebel, n'y travaille plus, afin de voir quel genre de deal je peux avoir. Harold me rappelle le lendemain. On jase auto 10 minutes et la conversation dévie sur son père, puis la politique en général. Je crois que l'on parle plus d'une heure. À part Hugho et Josée, le gars est le seul avec qui je peux parler de politique aussi en profondeur. Il doit avoir ça dans le sang...

Je me rends à St-Jean le 7 avril pour prendre possession du véhicule. La veille, Gomery a laissé entendre qu'il pourrait lever le ban dès le lendemain (le 7). Comme de fait, j'arrive au garage et ça vient de sortir. Il fait pas beau, il faut que j'aille au Vermont et Harold semble, avec raison, plus intéressé par Jean Brault que par ma prise de possession de véhicule. Moi aussi en fait mais je sais que je vais pouvoir me taper ça dans l'auto en descendant au Vermont. Après avoir écouté avec Harold les grandes lignes, je quitte. On sait tous les deux que c'est big. Gagliano devrait tomber, possiblement Chrétien et il n'y a pas de grandes lignes à tracer pour relier Martin.

Les Conservateurs et le Bloc continuent de grimper dans les sondages. On commence même à entendre qu'un vote de non-confiance pourrait arriver. Alors qu'ils sont au plus haut dans les sondages, les Conservateurs projettent un vote de non-confiance. Et là, la plus grande supercherie mégalomano-communiste de l'Histoire commence. L'excellent leader libéral dont j'oublie le nom - c'est fou comment la mémoire oublie vite les choses et les gens inutiles - suspend les journées d'opposition. Tony Valeri qu'il s'appelle. Résultat, suspension de la démocratie au pays pour une période indéterminée. Aussitôt que l'opposition ouvre la bouche, un Libéral les interrompt et se met à parler de phares ou d'inondations au Nunavut. C'est pathétique. J'ai beau cherché dans le règlement de la Chambre des Communes; ils ont le droit de faire ça mais maudit que c'est dégueulasse. Les Conservateurs multiplient les prouesses pour faire adopter des motions de non-confiance dans les comités afin que ça revienne aux Communes. De son côté, Martin multiplie les promesses et les cadeaux. Il est tellement desperate. C'est alors que les Ontariens, toujours aussi gullible, recommencent à revenir vers les Libéraux. On avait eu un sondage 38-30 pour les conservateurs en Ontario à un certain moment.

Début mai, les Conservateurs ont réussi. Ils vont présenter une motion de non confiance le 9 mai. Ils recommandent au comité des comptes publics de demander la démission du gouvernement. La motion doit revenir à la Chambre des Communes. Aux yeux de tout le monde, bien que techniquement ce ne soit pas un vote de non-confiance, ce vote prouverait que les Libéraux n'ont pas le contrôle de la Chambre. Quelques jours avant le vote, Paul pousse son arrogance en décidant de s'accaparer des ondes. Le 5 mai 2005, le PM s'adresse à la nation. Normalement, un chef d'Etat utilise ce moyen lors de grands troubles ou lors de choses exceptionnelles et non parce qu'il a peur de perdre le pouvoir ou tout autre exercice partisan. Il s'engage à tenir des élections dans les 30 jours suivant le rapport final de Gomery. Chaque chef parle ensuite à tour de rôle. Harper explique aux Canadiens pourquoi il veut déclencher des élections. Duceppe indique que Martin a perdu la confiance des gens et par le fait même le droit de gouverner. Que fait Layton? Il se met à quatre pattes. Il dit à Martin que si celui-ci accepte de rendre son budget encore plus socialiste, notamment en coupant les baisses d'impôts des sociétés et en augmentant les dépenses dans plein de programes, le NPD supportera le gouvernement lors de tout vote de confiance. L'alliance de la gauche se forme alors. Martin laisse Jack Layton réécrire le budget.

Le lundi 9 mai arrive. Les libéraux, arrogants, ont quand même tout leur groupe qui est présent à l'exception de deux ministres. Lors d'un vote qui n'en est pas un de défiance, les Libéraux n'ont jamais tout leur monde en Chambre... Tous les autres députés de la chambre sont présents sauf l'indépendant Chuck Cadman. La motion est adoptée 153-150. Le Canada presque au complet considère que Martin doit soit démissionner ou soit demander à la GG de dissoudre la Chambre. Il ne fait rien de tout cela, au grand désarroi d'une majorité de Canadiens. Le lendemain, les Conservateurs et le Bloc ajournent les travaux tôt dans la journée, prouvant encore que Martin n'a plus le contrôle de la chambre.

Quelques jours plus tard Martin dit que le 19 mai, il y aura un vote de non-confiance sur les deux budgets. Le premier que les Conservateurs aimaient bien car il était de centre et le second budget, celui de Jack. On peut entrevoir un vote serré. Il y a 131 Libéraux et 19 NPD d'un côté pour un total de 150. Il y a 99 conservateurs et 54 BQ de l'autre pour un total de 153. La majorité est à 154. Il y a trois indépendants. Carolyn "Mad Cow" Parrish a déjà annoncé qu'elle allait backer les Libéraux. 151-153. David Kilgour essaie de faire comme Layton et de monnayer son vote en demandant à Martin d'augmenter l'aide au Darfour. Martin refuse. On s'attend donc à ce que Kilgour vote contre le gouvernement. 151-154. Cadman semble être plus du côté du gouvernement. 152-154. Ses électeurs lui auraient dit qu'ils ne voulaient pas d'élections parce que ça coûte 300 millions. Martin venait tout de même de dépenser plus de 25 milliards soit presque 1000 fois plus pour empêcher la tenue d'élections. Les élections auraient semblent donc pas mal plus rentables... Il y a un siège vacant (décès du libéral Lawrence O'Brien dans Labrador en décembre 2004) et le dernier siège est celui du Président qui ne vote que lorsque c'est nul. Le seul espoir des Libéraux semble être que Kilgour vire son capot de bord.

Puis, une deuxième Nuit des Longs Couteaux survient. Le jeudi 12 mai, Belinda Stronach a un argument avec son chef à propos du vote de défiance qui s'en vient. Harper la somme de cesser toute argumentation et de backer son parti, coûte que coûte. Le lendemain soir, lors d'une rencontre mondaine, elle en fait part à David Peterson, ancien Premier Ministre libéral ontarien. Celui-ci en parle à Tim Murphy, chef de cabinet de Martin et le Premier Ministre invite Belinda à souper le dimanche 15 mai au 24 Sussex. Il lui propose de devenir Ministre libérale des ressources humaines au lieu de députée conservatrice, ancienne candidate à la course à la chefferie, donc, théoriquement, une conservatrice convaincue. Elle accepte la proposition de Martin le lundi 16 mai. Dans la soirée, elle en fait part au leader de l'opposition, Peter MacKay, qui est également son petit ami. Ce dernier est dévasté. A-t-elle espionné le PC tout ce temps? N'avait-elle pas voulu devenir chef Conservatrice donc n'est-elle pas l'ennemie des Libéraux? Il a également la lourde tâche de l'annoncer à Harper qui est de passage au Québec en vue des élections qui devraient normalement être déclenchées à la suite de sa preque acquise victoire lors du vote de confiance prochain. On raconte qu'il a piqué une sainte colère. Quelques minutes plus tard soit un peu avant 9h le mardi 17 mai, Belinda l'appelle pour lui annoncer sa décision. Il paraît que l'appel fut bref. À 10h, Martin avait convoqué la presse, qui ignorait tout à ce moment là. Quand les gens voient débarquer Belinda, le déclic se fait. Il l'a acheté. Quand on apprend ce qu'il lui a offert, on comprend qu'elle s'est vendue plutôt que lui l'a acheté. Ma réaction a ressemblé à celle de Jim Carrey dans Dumb and Dumber lorsqu'il découvre que Harry lui a menti pour sortir avec sa dulcinée. Du dégoût, du mépris, de la colère, tout y a passé.

On a également appris quelques temps après que Tim Murphy avait offert un poste à Gurmant Grewal et/ou sa femme Nina s'ils acceptaient de s'abstenir lors du vote. Grewal a enregistré l'appel. La cassette est claire mais ça prend une enquête de la GRC au Canada pour prouver des choses... Anyway, le 19 au soir, le vote est 153-153, le Président vote en faveur du statu quo, selon la coutume, et Paul Martin qui est donc à égalité avec le reste de la Chambre, qui a la moitié du pays contre lui, célèbre une victoire à saveur de défaite pour la moitié du pays. Il considère qu'il a pleinement la confiance du peuple pour gouverner. C'est dégoûtant. Souvenons-nous que cela a été possible par la suspension de la démocratie pendant plusieurs semaines, par la prostitution de Martin qui a vendu son budget à Jack Latyon, par l'achat de Belinda Stronach et parce que Chuck Cadman a considéré qu'une élection à 300 millions coûtait plus cher aux Canadiens que 25 milliards de dépenses faites par Martin pour empêcher la tenue de cette même élection.

À ce moment là, j'ai décidé que le Canada ne me méritait plus comme citoyen. Il faut que l'Indépendance se fasse. Oui mais j'aime pas Landry. Il y a bien un vote de confiance qui s'en vient lors du congrès du PQ mais tout le monde s'est rangé derrière lui alors il le passera haut-la-main. Coup de théâtre! Landry obtient 76,2%. Il voulait 80%. Il démissionne. Je festoie. Non seulement aurons-nous quelque chose d'intéressant au niveau politique dans les prochains mois mais en plus, celui que je n'aime pas quitte le navire.

Quelques semaines plus tard, je dois retourner chez Mazda St-Jean pour une histoire de transactions mal faites. Bref, ils me devaient de l'argent. Harold me tend le chèque et je lui demande ce que pense son père de la course à la chefferie. Il m'annonce que Ghislain va se présenter. Je saute au plafond. Non seulement le PQ va changer de chef mais en plus, il se pourrait que le nouveau chef soit de centre-droite. Je suis aux anges. Notons bien qu'il n'y a pas de niche pour les souverainistes de droite au Québec. Souveraineté=PQ=gauche. Mais une personne peut vouloir la souveraineté de son peuple tout en étant libertarien. J'offre à Harold mon aide s'il croit que je peux faire quelque chose pour son père et son groupe. Ma seule condition est de pouvoir discuter un peu avec M. Lebel au préalable. Il me rappelle quelques temps plus tard et m'offre d'aller prendre un verre avec son père et lui. J'accepte avec plaisir. Lors de cette rencontre, je vois un homme intelligent, droit, juste et il partage à 95% mes convictions politiques. Je prends l'engagement de lui ramener le plus de cartes de membres possibles parmi ma famille et mes amis. De son côté, il me dit qu'il a besoin de quelqu'un de jeune, énergique et avec une bonne tête dans son comité de candidature. On se laisse sur une franche poignée de mains entre deux hommes qui se respectent et partage un rêve qui peut prendre forme très bientôt. Dans les semaines qui ont suivies, j'ai ramassé plusieurs cartes. Harold me brief de temps à autre pour me donner le compte. On est tout prêt d'avoir l'officialisation de la candidature. Par la suite, la campagne va commencer. Les débats d'idées aussi. Je ne me fais pas d'illusions mais tout peut arriver. Je vais donner mon max. Qu'est-ce qui m'attend? Serai-je vraiment dans l'équipe? À quel niveau? Je laisse les choses aller. On verra...

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